Mes chers compatriotes, C’est avec un cœur lourd et une humilité sincère que je m’adresse à vous ce soir. Pendant près de quatre décennies, j’ai eu l’honneur et la responsabilité de guider notre cher Cameroun. Durant toutes ces années, j’ai cru agir pour l’unité et la stabilité. Mais aujourd’hui, face à la détresse de trop de nos familles, face à l’enfant qui manque d’école, au père qui manque de travail, à la mère qui manque de soins, je dois vous dire : je vous ai entendus. Et j’ai mesuré l’écart entre nos promesses et votre réalité. Je présente mes excuses au peuple camerounais. Oui, je vous présente mes excuses sincères. Pendant trop longtemps, mon gouvernement et moi-même n’avons pas su transformer nos richesses – la terre, le pétrole, le cacao, la jeunesse de notre peuple – en bien-être pour tous. La pauvreté que beaucoup d’entre vous vivent au quotidien, cette pauvreté extrême qui écrase les rêves et détruit les dignités, est une injustice que je reconnais. Je n’ai pas su voir assez tôt l’ampleur de votre souffrance. Je n’ai pas su écouter assez fort ceux qui, dans l’opposition, dans la société civile, ou simplement dans leur village, criaient leur colère légitime. C’est pourquoi je m’adresse aussi, avec gravité, à tous ceux qui ont porté des aspirations différentes, en particulier au professeur Maurice Kamto et à tous ceux qui l’ont soutenu. Quelles que soient nos divergences, je reconnais qu’aucun Camerounais sincère ne méprise la justice ni la vérité. Les débats que nous avons eus, parfois violents, sont le signe d’une démocratie vivante. Je présente mes excuses pour les blessures infligées au débat national, pour toutes les fois où la parole de l’autre a été étouffée au lieu d’être écoutée. Je ne peux pas revenir sur 40 ans. Mais je peux, à partir de ce jour, m’engager sur ce qui reste à vivre. Je m’engage à ouvrir un chantier national de transparence et de réconciliation économique. Je m’engage à dialoguer, sans exclusive, avec toutes les forces vives de la nation. Je m’engage à ce que ma dernière force serve à sortir enfin ce peuple de la misère. Mes chers compatriotes, on ne répare pas quatre décennies avec quatre mots. Mais on les commence par quatre mots : Pardon. Vérité. Travail. Espoir. Que Dieu bénisse le Cameroun. »